Archive for ‘France’

September 12, 2012

Ting ting! We are heading to Calais

The Brits are on the move!

Having brought in the last of this years harvest yesterday (phew!) and leaving our family farm at the busiest time of year (Sorry Dad!) I am heading down to Dover to meet Sam and Darren to hop over the channel to Calais!

We will be meeting the French group in the morning where there have been rumours of a delicious breakfast! Mmmmm!

I am super excited about sharing ideas, foraged foods, delicious dinners and the French countryside with like minded people over the next few days!

Ting ting! (that’s our bike bells you see!)

More from us soon!

Katie 😉

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Yesterday on Ferry Farm!

September 11, 2012

La Good Food March dans la Sarthe!

September 10, 2012

Dernière ligne droite!

September 9, 2012

La Good Food March dans le Loir et Cher!

September 9, 2012

La Good Food March à Strasbourg!

September 8, 2012

La Good Food March dans l’Indre et Loire

Vis à vis de la nature, nous avons tout au plus l’attitude de l’esclave révolté. Parce qu’elle ne nous écrase plus, nous ne voyons plus en elle qu’un instrument : du sol nous ne considérons que le rendement à l’hectare, du fleuve que les kilowatts. Sans nous douter que l’aspect économique est un aspect bien limité du rôle de la nature dans nos vies. Les liens qui nous rattachent à elle sont invisibles, parce qu’ils sont trop nombreux et trop profonds pour notre courte raison. La frénésie d’exploitation, le manque de sens du gratuit, pourraient se retourner contre nous-même et menacer jusqu’au rendement. Le souci de la productivité s’attache trop au présent, il n’envisage pas assez l’avenir ; alors vient un jour ou le rendement baisse. Il y a cinquante ans ans, rien n’aurait semblé plus rationnel que d’abattre les haies pour permettre au tracteur de tirer droit son trait à travers la campagne ; celui qui l’eut contesté eût alors passé pour réactionnaire. Depuis les progrès de l’agronomie et les redoutables leçons de l’expérience nous ont enseigné que ce jeu de haies, de terrasses et de bois est autant sagesse que retard. Si l’homme du XIXème l’avait pu, il aurait détruit tous les « nuisibles » parce qu’il n’était pas encore assez savant pour comprendre leur utilité profonde. La splendeur de la nature n’est pas vaine, elle exprime à nos sens des raisons que notre esprit n’arrive pas encore à saisir. Le bleu du ciel et la limpidité des eaux ne sont pas les simples agréments d’un décor.

Nous ne pouvons pas esquiver notre condition, notre chance n’est pas plus dans le progrès que dans le retour à la nature. Elle est seulement dans un équilibre précaire entre la nature et l’artifice, que devra toujours maintenir la veille de la conscience. Là ou la nature disparaît, la société humaine est obligée de fabriquer une sur-nature : la terre et les forêts, jusqu’à leur faune. Mais alors le trait de la loi doit être implacable, pour reproduire la nature dans le plus fin de ses détails. La science doit réinventer la campagne. Demain l’homme devra ré-empoissonner l’océan comme il empoissonne un étang ; déjà, pour certaines espèces menacées de disparition, les états se sont mis d’accord pour le surveiller comme un vivier. Parce que notre puissance s’élève à l’échelle de la terre, nous devons régir un monde, jusqu’au plus lointain de son étendue et au plus profond de sa complexité. Le réseau des lois recouvre ainsi progressivement jusqu’au moindre pouce de la surface du globe, en substituant dans cette récréation l’inhumanité d’une police totalitaire à celle d’une nature totale.

La nature est vaincue, c’est pourquoi nous en prenons conscience. Nous nous sommes libérés d’elle ; il nous reste à continuer non seulement au-delà de la nature mais du progrès. Il reste à notre force de choisir des bornes que nous imposait autrefois notre faiblesse. Hier, il nous fallait défendre la part de l’homme contre les puissances de la nature, aujourd’hui il nous reste à défendre la sienne : à respecter son jeu, au besoin son mystère. Alors l’homme n’aura pas seulement brisé ses chaîne, il aura choisi d’ordonner ; devenant vraiment roi de la terre : maître de l’univers comme de lui même.

September 8, 2012

La Good Food March dans l’Indre!

Très belle journée dans l’Indre entre Chitray et Tournon Saint Martin, 47 km sous le soleil pour nos valeureux cyclistes. Chaque coup de pédale comme signe de notre détermination d’aller à Bruxelles. Nous ne sommes pas là juste pour pointer du doigt les problèmes de la PAC, et nous gargariser de notre sens critique, ce qui serait peu constructif. Finalement après tant de débats, nous avons hâte de rencontrer nos députés européens pour discuter avec eux, leur parler des problèmes rencontrés et trouver des solutions avec eux. De même nous invitons tous ceux qui pensent que la PAC actuelle va dans le bon sens à venir nous rencontrer, peut être y a t il une dynamique sous-jacente qui nous échappe, peut être…

Début de journée chez Sylvain et Gladys, trentenaires, jeune couple d’agriculteurs installés depuis 2 ans. Ils ont eu la chance de pouvoir reprendre l’exploitation familiale des parents de sylvain. Élevage de bovins en agriculture biologique. Les vaches et leur veaux pâturent dans les champs alentours et la vie a l’air paisible pour eux, le foin n’a pas l’air de manquer. Sylvain et Gladys construisent leur maison en parallèle et nous parlent de leur projet avec la fierté de partager ce qui les animent tous les jours ! Le projet est porteur de sens, ils construisent leur foyer en éco-construction, avec une isolation à base de paille et d’enduit naturel. Rien à dire si ce n’est que ça donne sacrément envie de se retrousser les manches!

Un peu plus tard, nous arrivons dans la ferme de deux frères qui élèvent des vaches Salers en plein milieu du parc naturel de la Brenne. Le premier des frères s’est installé il y a 5 ans maintenant, en fermage pour le corps de ferme et les prairies. Le prix du foncier étant disproportionné par rapport à son modèle économique, il ne peux pas avoir accès à la propriété, en effet les hectares partent à un prix près de quatre fois supérieur à ce qu’il pourrait se permettre pour rester économiquement viable. Autour de lui de grands espaces sont achetés pour que de riches européens viennent quelques fois l’an faire une partie de chasse… Aucun problème avec la richesse, sauf quand elle entrave le développement et la pérennité de jeunes agriculteurs. Pour autant les frères ne se sont pas laissés décourager. Ils ont développé une activité d’élevage bovins Salers qu’ils vendent en caissette par leur réseau de vente directe. Ils ne passent pas en agriculture biologique -bien que leurs méthodes d’élevage en soient très proches- car l’abattoir bio est trois fois plus loin que le conventionnel. Quel dommage de voir la rareté des abattoirs ou de toute autre unité de transformation localement. Les entreprises de transformation suivent la même pente que l’agriculture depuis 50 ans, la concentration. Malgré tout leur prix est extrêmement raisonnable au vu de la qualité affichée de leur production, 10,5 € le kg qui dit mieux ? La découpe au détail se fait par un boucher, employé de la structure, les deux frères ayant monté un atelier de préparation conforme. Bel exemple de projet réussi.

Pour le goûter nous arrivons dans la ferme d’une famille qui produit un délicieux Pouligny Saint-Pierre, cette pyramide affinée de fromage de chèvre AOC. Cinq enfants reviennent de l’école au moment du départ des cyclistes et engloutissent les restes de brioche et de fromage du goûter. Dans la chèvrerie, les chèvres, toutes aussi gloutonnes, se délectent de foin et de céréales. Tout à l’air de fonctionner comme sur des roulettes et règne sur l’exploitation une ambiance familiale, le tout dans un écrin de verdure et de pierre, notre famille en or ayant rebâtit pierre après pierre, la ruine dans laquelle ils se sont installés il y a quelques années maintenant. Chapeau bas!

Y a pas à dire, il règne dans l’Indre cette ambiance dynamique et vivante dont Michel Berhocoigoin nous avait parlé concernant l’exemple des petites fermes basques. Les gens nous accueillent toujours les bras ouverts avec bienveillance. Véritable ballade du goût aussi, où nos papilles sont toujours surprises de nouvelles saveurs.

Pour reprendre une phrase de la confédération paysanne, 3 petites fermes valent mieux qu’une grande !

Pour qu’il y ait changement, il faut qu’il y ait un changement de mentalité qui viendrait de la prise de conscience des conséquences néfastes du modèle actuel. Ce n’est à personne en particulier à prendre la charge de ce changement, mais à nous tous, quelque soit notre implication. Du producteur au politique sans oublier les consommateurs. Car il ne faut pas oublier que chacun de nous participe d’une façon ou d’une autre à cette évolution. Chaque fois que nous achetons notre nourriture nous accréditons un système de production plutôt qu’un autre. Ainsi nous sommes tous concernés. Il faut que nos actes d’achat révèlent nos convictions. Que la consommation devienne consom’action. Le ticket de caisse comme autre bulletin de vote. Nous sommes nombreux à être désillusionnés quand à la possibilité de nos politiques à construire un monde plus juste, mais de même nous sommes loin d’utiliser tous les moyens qui sont à notre portée pour faire évoluer les choses. On peut s’en tenir à aller voter pour reprocher ensuite à nos hommes politiques de mal faire leur travail, mais on peut aussi cautionner des modèles que nous trouvons juste et ne pas donner notre argent à ceux qui ne le sont pas, tout comme quand nos hommes politiques perdent la raison, nous pouvons prendre notre vélo et aller à Bruxelles pour leur rappeler ce pour quoi ils ont été élus. Il est tentant de se replier sur soi en attendant que l’orage passe, mais le repli sur soi est somme toute capitulation et celle-ci permet toujours à d’autres de poursuivre leur appropriation du bien commun. Comme ce tableau de Francisco de Goya titré: « le sommeil de la raison produit des monstres », on pourrait dire « l’apathie citoyenne favorise l’injustice ! »

Tout le monde souhaite manger des produits sains, nutritifs et savoureux. Tout le monde souhaite des campagnes vivantes et un environnement préservé. Alors si nous le souhaitons vraiment, ayons l’intelligence nécessaire pour y parvenir. Rien n’est très compliqué quand les objectifs sont clairs et les hommes déterminés à y parvenir. Si une partie de la société souhaite une chose et l’autre son contraire, alors aucune des deux n’obtiendra gain de cause, ou alors au prix de la disparition ou l’affaiblissement de l’une ou l’autre des parties (dans ce cas précis les paysans). La théorie d’Adam Smith selon laquelle la recherche du bonheur personnel contribue au bonheur collectif touche ici sa limite. Au « chacun pour soi, ça ira pour tout le monde », préférons le « tous pour un et un pour tous ! ». Au delà du panache d’une telle formule, nous vivrons une véritable aventure humaine!

Avant d’aller nous coucher, nous avons pu nous perdre dans un vrai ciel étoilé. Pourquoi y-a-t-il beaucoup plus d’étoiles à Tournon Saint Martin que dans n’importe quelle grande ville de France ? Voir l’univers avec cette impression 3D, ça n’a pas de prix. C’est une invitation au voyage interstellaire ! Mais bon ce n’est que nostalgie d’une nature que nous ne connaissons que trop peu et finalement de moins en moins. C’est bien dommage…

September 7, 2012

Good Food March à Limoges!

Au fur et à mesure de l’avancée de la Good Food March, des débats, échanges avec les personnes rencontrées, de la traversée de la France, des questions essentielles nous agitent à laquelle les merveilleux paysages que nous traversons ne suffisent pas à trouver de réponses. De la naissance de la révolte…

En effet les moutonniers de haute vienne nous ont apporté à nouveau une nouvelle incompréhension hier : comment peut-on les abandonner pour importer de la viande de mouton en provenance de nouvelle zélande, qui met quatre mois pour arriver sur les étals français et est vendue en tant que viande fraîche ? Quel est ce procédé de conservation miracle ?

Nous comprenons quels étaient les objectifs de la PAC au moment de sa création, mais quels sont ils aujourd’hui ? Le but est-il de continuer à spécialiser notre agriculture ? La rendre encore plus compétitive et moins portée sur l’humain ? Détruire nos campagnes, nos paysages ? Exporter à bas prix dans des pays en voie de développement ?

Les lobbies de l’agro industrie sont ils si puissants que nos dirigeants politiques n’arrivent plus à contrôler la régulation de l’agriculture ? Quel est le contrepoids des lobbys ? Il semble bien que ce soit nous !

Pourquoi tout cela est-il si compliqué ? La complexité oui, mais à condition qu’elle amène à des modèles plus équitables, plus respectueux de l’environnement, qu’elle nous fasse avancer, mais cette complexité qui rend les projets opaques, ou on ne décerne même pas précisément les objectifs et les enjeux, les conséquences des projets de réformes, est-ce sain ?

Peut-on faire confiance à nos responsables politiques quant à un projet de réforme d’un budget de 50 milliards d’euros par an à l’échelle de l’Europe, 10 milliards en France, où nous connaissons à peine le fonctionnement du projet ? Quel légitimité pour un projet discuté entre experts et lobbyistes ? Surtout quand nous voyons les fruits pourris de ce modèle, et encore la partie visible de l’iceberg, celle qui saute aux yeux… Que les acteurs de toutes ces décisions nous disent ce qu’ils ont apporté à l’agriculture, à nos économies, aux peuples du monde. Il nous est impossible aujourd’hui de nous sentir fier d’un tel projet. Et c’est bien pour cela que nous marchons vers Bruxelles, pour lui apporter un peu d’humanité, un peu de sagesse populaire, pour lui remettre les pieds sur terre !

Blandine Guerard, professeur de zootechnie au lycée agricole de Limoges, nous a tempéré et a apporté quelques éléments de réponses à nos angoisses agricoles. Elle nous a parlé des cycles longs de l’agriculture dus aux investissements importants demandés aux agriculteurs depuis toutes ces années de productivisme. En effet, les agriculteurs se sont endettés sur des dizaines d’années, la PAC les a incité à rentrer dans un système productiviste ou si les rendements ne suivent pas, le modèle financier ne tient pas, et les agriculteurs ne pourraient pas rembourser leurs emprunts. De même l’orientation plus écologique et soutenable donnée par Bruxelles, passe par la contrainte sur les agriculteurs, par l’intermédiaire de contrôles et de pénalités et non pas par l’assentiment des agriculteurs à un modèle plus équitable et plus respectueux de l’environnement. L’agro-écologie est donc mal vécue et suscite naturellement un sentiment de rejet. Il faut donc beaucoup plus de pédagogie. Recréer un vrai projet de société qui a du sens pour toutes les parties prenantes.

Et pourtant l’agriculture semble simple, repartons de la base et retrouvons des objectifs qui parlent à tout le monde desquels pourraient découler une PAC plus sensée. Comme l’écrivait John Ruskin. Le but des agriculteurs c’est de produire pour la société ce dont elle a besoin et ce au meilleur prix (tout en leur assurant un revenu juste bien sur). A cet écrit du 19ème siècle il faut ajouter aujourd’hui les problématiques environnementales que que nos sociétés industrielles ont crées.

Pour répondre aux problèmes posés par la situation de l’agriculture actuelle et la diriger vers un modèle durable et humain, le concept de souveraineté alimentaire allié au développement des petites et moyennes fermes prend tout son sens.

Imaginons le système suivant un recentrage de l’agriculture au niveau de chaque pays en organisant la production autour des bassins de consommation. Des producteurs qui sont accompagnés par les chambres d’agricultures pour orienter leurs techniques de production vers l’agro-écologie, pour respecter les sols, les paysages et obtenir des rendements significatifs. Ces mêmes producteurs seraient étroitement liés à des unités à taille humaine de transformation (abattoirs, fromagerie, conserverie,…) et d’autres de distribution (logistique, magasins, professionnels). Ce système pourrait alimenter facilement des marchés & magasins de producteurs pour les particuliers, des restaurants d’entreprise et les cantines d’écoles pour les collectivités et les restaurants eux-même. Nous aurions tous des produits frais et de saison (Fini les fruits cueillis non murs, la chimie dans la nourriture pour la conservation, les transports internationaux). On pourrait organiser la production en fonction des débouchés de manière très simple, pour assurer de la stabilité à chacun.

Que peut-on dire contre ? Écologiquement soutenable, ce système permettrait de créer des emplois stables, locaux, humains, on retrouverait des produits savoureux, des paysages magnifiques, des terroirs qui exprimerait leurs particularités, des nappes phréatiques saines, on permettrait aux pays en développement de faire de même. On pourrait enfin parler et profiter de territoires vivants. Économiquement ces systèmes marchent déjà grâce à des paysans pionniers qui ont montré le chemin, ne reste plus qu’à inciter nos agriculteurs à suivre leur trace !

L’esquisse d’une solution fait son chemin en nous…

September 6, 2012

Good Food March en Dordogne!

A l’origine, il n’y avait pas encore de nature. Nul n’en parlait parce que l’homme ne s’était pas encore distingué d’elle pour la considérer. Individus et sociétés étaient alors englobés dans le cosmos. Une puissante omniprésente, sacrée parce qu’invincible, cernait de toutes parts la faiblesse humaine. La civilisation n’était qu’une clairière précaire, maintenue au prix d’un effort écrasant dans la marée des forêts. Comment nos ancêtres auraient-ils parlé de nature ? Il la vivaient et ils étaient eux même nature : force brutale et instincts paniques. Dans l’ombre ou ils étaient encore plongés, les arbres et les rochers prenaient des formes surhumaines. Paysans et paiens, ils ne pouvaient aimer la nature, ils ne pouvaient que la combattre ou l’adorer.

Alors grandirent parallèlement la maîtrise et le sentiment de la nature. La science pénétra le mécanisme du cosmos et ainsi la technique permit de le transformer. Mais cette transformation, progressivement accélérée, se limite d’abord à certains lieux de certains pays. En occident, L’homme vécut dans le milieu artificiel des villes, mais à leur porte commençait la campagne et avec elle la nature. Ainsi jusqu’à la seconde guerre mondiale, les Français connurent une société de transition où coexistaient le passé et l’avenir : ce qui permettait de jouir des plaisirs de la nature grâce au progrès.

Car en même temps que la ville se développe le besoin d’en sortir. Le sentiment de la nature apparaît là ou le lien avec le cosmos est rompu : quand la terre se couvre de maisons et le ciel de fumées ; là ou l’industrie, ou bien l’état, imposent leurs raisons et leur désordre. Le sentiment de la nature n’est pas affaire de primitif ou de paysan, mais de bourgeois ; il suit la « révolution industrielle » en atteignant progressivement les pays et les classes que celle-ci englobe. Parce qu’il y a des machines, sur sa machine voiture, l’homme fuit la machine. Du coteau vers la montagne, et de la montagne vers le pic ; de la campagne vers le désert, et de la cote vers le large, la foule fuit la foule, le civilisé la civilisation. C’est ainsi que la nature disparaît, détruite par le sentiment même qui l’a fait découvrir, autant que par la montée de l’industrie.

Mais aujourd’hui la campagne s’urbanise, et l’Europe devient une seule banlieue. Ainsi s’ébauche un nouveau stade où, la nature n’étant plus, il faudra bien que son sentiment disparaisse.Une nébuleuse de ville rassemblant le gros de la population, il n’y aura plus de campagne, mais une zone consacrée aux industries du travail, où à celle du loisir. Il n’y aura plus de nature ; comme il était autrefois englobé dans le cosmos, l’homme le sera dans l’espace organisé par l’aménagement du territoire. Le même système définira les gestes du travailleur dans l’usine, et ses vacances dans la verdure. La même explication scientifique s’appliquera à l’esprit et à la matière, et les techniques ordonneront l’homme en même temps que son milieu. Ainsi réintégrera-t-il le tout dont il avait prétendu se distinguer.

September 5, 2012

Good Food March dans le Lot et Garonne!

Après avoir quitté Guy ce matin, nous avons pris la route pour Villeneuve sur Lot, dans le Lot et Garonne. Une fois sur place, Christian Crouzet le porte parole de la confédération paysanne nous a emmené de fermes en fermes pour découvrir des paysans et découvrir leur vie au quotidien, leur histoire et le projet.

1ère étape chez Michel Artisier né sur la ferme de ses parents, alors installés sur une quarantaine d’hectares, en polyculture céréales/vaches laitières. Ses parents passent l’exploitation en agriculture biologique dès le début du label en 1969. En 1984, Michel s’installe et décide d’augmenter le cheptel et les terres exploitées, il prend 45ha supplémentaires en fermage. Son objectif est d’augmenter son revenu. Malgré tout son modèle repose sur le fait que ses parents l’aident sur l’exploitation. En 88-89, quand ses parents s’orientent vers la retraite, Michel est confronté à un dilemme, soit réaliser un fort investissement pour mécaniser et automatiser l’exploitation pour qu’il puisse à lui seul s’occuper de la ferme, soit réorienter son exploitation. Bénéficiant de l’essor de l’agriculture biologique à ce moment là, et du fait que le Lot & Garonne avait de bonnes infrastructures de transformation agroalimentaire en bio, Michel arrête les vaches et se lance dans de grandes cultures biologiques, céréales et quelques légumes en pleine terre sur de grandes surfaces. Ses débouchés sont des grandes coopératives bios. En parallèle, Michel s’investit dans une action de promotion de l’agriculture par la chambre d’agriculture, il est amené à écrire l’histoire de sa ferme. Et là, grosse prise de conscience, il réalise que depuis plus de 40 ans, à cheval sur l’histoire de ses parents et la sienne, ils ont racheté 6 petites fermes qui n’avaient pas retrouvé de repreneur pour porter à une centaine d’hectares la superficie d’exploitation. Ces 6 petites fermes faisaient vivre à l’époque environ 30 personnes. Et là il se retrouve à être le seul employé, son CA a été grosso modo multiplié par 2, et ses coûts par 1,5 (intrants, machines…) Michel a eu l’effroyable impression d’avoir détruit un écosystème et surtout de l’emploi et les moyens pour d’autres d’assurer leur subsistance, d’occuper un peu injustement l’espace. En 2009 il décide de donner une toute nouvelle orientation à sa ferme. Son père, pour s’occuper pendant sa retraite, faisait un peu de maraîchage et vendait ses produits sur le marché local. Ni une ni deux, Michel se lance dans les circuits courts, cherche des débouchés à ses céréales, et produit après 3 ans d’efforts intenses de la farine transformée et tamisée sur l’exploitation, différentes huiles (colza, tournesol, lin) et des poulets (2500 par an) pour lequel il récupère et vend les œufs et qu’il transforme aussi en poulets rotis sur le marché. Michel vend l’ensemble sur un marché local et aussi via leur boutique à la ferme. En 3 ans, la part du CA de la vente directe de ces produits est passée à 60% de son CA total ! Et en plus il a crée 2 emplois temps plein supplémentaires. Michel a l’impression de s’être enrichi de surcroît, en effet le lien avec les consommateurs valorise son travail, et la satisfaction d’avoir pris une direction plus vertueuse lui fait prendre conscience de son mérite. Plein de vitalité, Michel commence à penser à la transmission, du haut de ses 50 ans ce n’est pas l’approche de la retraite qui guide son action, mais cette même envie de donner la possibilité à des jeunes de s’installer sur une partie de ses terres et de leur faire bénéficier de son réseau de vente et de ses compétences agricoles. La conclusion c’est que même sans la PAC (les aides PAC représentent à peine 10% des revenus de son exploitation) de tels projets existent et fonctionnent. Imaginez donc ce que serez une PAC qui favoriserait ce type de projet. Plus d’emploi, plus de lien, plus de diversité. Il va sans dire que Michel est intarissable sur les techniques « artisanales » de production, (il a racheté un vieux moulin à meule qu’il a retapé pour le réhabiliter), et sur les différentes aventures qui ont jalonné l’histoire de sa ferme. Parfait exemple d’agriculture paysanne !

Après cette belle rencontre, direction la ferme de Christian pour un pique-nique convivial, point de rencontre des participants à la caravane. Après avoir goûté des dizaines de variétés de tomates différentes (toutes plus goûteuses les unes que les autres), mangé du fois gras d’un producteur du cru avec les fameux pruneaux d’Agen (bios!) du département, entendu les personnes présentes parler occitan entre elles, en route pour une caravane, direction le centre ville de Villeneuve sur Lot ! Christian avait fier allure sur son tracteur. Sur place une cinquantaine de personnes nous attendaient pour le visionnage du film : « La PAC, la voix de ses pères » film retraçant les raisons initiales de la PAC européenne.

La PAC a été décidé aux prémisses de l’Europe dans le cadre de la communauté économique européenne pour répondre à 2 objectifs majeurs : nourrir les populations exsangues après guerre et constituer une collaboration européenne via l’économie pour ne plus jamais revivre le traumatisme des deux dernières guerres mondiales. D’autres courants sous-jacents déterminent les orientations de l’époque. L’état d’esprit moderniste d’après guerre rend l’agriculture ringarde et archaïque, Les jeunes agriculteurs dans les années 60 s’opposent au modèle un peu traditionnel de leurs parents, veulent gagner plus d’argent et sont attirés par le rêve du modernisme. L’Europe décide à ce moment là de fixer des prix rémunérateurs pour les agriculteurs et de mettre en place un système de compensation par rapport aux cours du marché mondial pour assurer un revenu stable et rémunérateur aux agriculteurs. Ces derniers n’ont plus qu’à augmenter leur production pour augmenter leurs revenus. Pour que les dépenses européennes ne soient pas complètement déconnectées de l’évolution du marché mondial, un vaste chantier productiviste est lancé pour améliorer la compétitivité de l’agriculture européenne. Sur ce sujet, Edgar Pisani, le ministre de l’agriculture de l’époque est catégorique : 2 millions d’exploitations agricoles ne peuvent pas être productives. Il y a trop d’exploitations agricoles ! (Stupeur et tremblements dans la salle à cette annonce!) Le début de l’hécatombe paysanne commence… Sauf que rapidement la PAC entre dans une phase de surproduction alarmante. Seule échappatoire plausible à court terme : la conquête du marché mondial. Les responsables politiques de l’époque l’avouent, ils avaient des millions de tonnes de produits alimentaires à écouler. Commence alors le dumping des économies européennes qui inondent le marché mondial, impactant comme chacun sait les économies vivrières des pays en voie de développement. D’où ce raccordement libéral pour rendre la PAC “OMC compatible”. Comme quoi les mythes des générations peuvent pousser des pans entiers de nos sociétés dans l’impasse. Il faut donc en finir avec ces deux mythes que sont « les campagnes sont ringardes » (nos aventures quotidiennes nous prouvent le contraire, quelle richesse!) et que « la modernisation c’est bien » (la preuve par quatre que non)

S’en est suivit un débat d’une grande qualité sur la PAC idéale. Sans surprise, les mêmes thèmes reviennent toujours : souveraineté alimentaire, retour à des campagnes vivantes avec des circuits cours colorés, lien entre les agriculteurs et les consommateurs, système qui favorise l’humain plutôt que la machine. Et puis le monde n’a pas besoin d’être si compliqué, revenons à la simplicité. Le libéralisme est une abstraction théorique qui appliqué produit des monstres, ca ne marche pas.

Une fois rentrés chez Christian Crouzé, multiplicateurs de semences fermières, les discussions nous ont amenés sur deux paradoxes essentiels du libéralisme appliqué à l’agriculture. Un cas concret rencontré par Christian au quotidien dans son activité de gardien de la biodiversité. Les lobbies des semenciers veulent empêcher l’utilisation commerciale des semences paysannes, à savoir ces semences qui constituent le patrimoine de tous les paysans, celles qui n’ont été inventées par personne et que certaines personnes se donnent pour mission de conserver, de développer par l’intermédiaire de conservatoires de semences. Ils veulent cloisonner leur utilisation à usage des particuliers. Que justifie une telle opprobre vis à vis de la biodiversité ? Certainement que ces semences ne sont pas économiquement rentables pour ces grands groupes (en comparaison de ces hybrides F1 qui forcent les agriculteurs à racheter leur semence tous les ans aux semenciers) et qu’elle leur mangerait des parts de marché. Une vraie chasse gardée. Pourtant ceux sont les mêmes qui appelle à plus de libéralisme ! À l’ouverture des marchés !

L’autre paradoxe criant du libéralisme agricole, ceux sont les subventions elle même. Comment peut rivaliser un pays en voie de développement devant les 50 milliards d’euros injectés chaque année dans la PAC en Europe ? De même comment un petit éleveur en France (qui ne touche quasiment pas d’aide, rappellons le) peut rivaliser avec un énorme céréalier (qui touche beaucoup d’aide) est-on réellement dans un système libéral ?

Nous avons récolté pleins d’autres histoires aujourd’hui qui nous encourage à aller voir nos députés européens et leur raconter ces réalités des campagnes, à prendre absolument en compte dans les orientations de la nouvelle PAC.