La Good Food March dans l’Indre et Loire

Vis à vis de la nature, nous avons tout au plus l’attitude de l’esclave révolté. Parce qu’elle ne nous écrase plus, nous ne voyons plus en elle qu’un instrument : du sol nous ne considérons que le rendement à l’hectare, du fleuve que les kilowatts. Sans nous douter que l’aspect économique est un aspect bien limité du rôle de la nature dans nos vies. Les liens qui nous rattachent à elle sont invisibles, parce qu’ils sont trop nombreux et trop profonds pour notre courte raison. La frénésie d’exploitation, le manque de sens du gratuit, pourraient se retourner contre nous-même et menacer jusqu’au rendement. Le souci de la productivité s’attache trop au présent, il n’envisage pas assez l’avenir ; alors vient un jour ou le rendement baisse. Il y a cinquante ans ans, rien n’aurait semblé plus rationnel que d’abattre les haies pour permettre au tracteur de tirer droit son trait à travers la campagne ; celui qui l’eut contesté eût alors passé pour réactionnaire. Depuis les progrès de l’agronomie et les redoutables leçons de l’expérience nous ont enseigné que ce jeu de haies, de terrasses et de bois est autant sagesse que retard. Si l’homme du XIXème l’avait pu, il aurait détruit tous les « nuisibles » parce qu’il n’était pas encore assez savant pour comprendre leur utilité profonde. La splendeur de la nature n’est pas vaine, elle exprime à nos sens des raisons que notre esprit n’arrive pas encore à saisir. Le bleu du ciel et la limpidité des eaux ne sont pas les simples agréments d’un décor.

Nous ne pouvons pas esquiver notre condition, notre chance n’est pas plus dans le progrès que dans le retour à la nature. Elle est seulement dans un équilibre précaire entre la nature et l’artifice, que devra toujours maintenir la veille de la conscience. Là ou la nature disparaît, la société humaine est obligée de fabriquer une sur-nature : la terre et les forêts, jusqu’à leur faune. Mais alors le trait de la loi doit être implacable, pour reproduire la nature dans le plus fin de ses détails. La science doit réinventer la campagne. Demain l’homme devra ré-empoissonner l’océan comme il empoissonne un étang ; déjà, pour certaines espèces menacées de disparition, les états se sont mis d’accord pour le surveiller comme un vivier. Parce que notre puissance s’élève à l’échelle de la terre, nous devons régir un monde, jusqu’au plus lointain de son étendue et au plus profond de sa complexité. Le réseau des lois recouvre ainsi progressivement jusqu’au moindre pouce de la surface du globe, en substituant dans cette récréation l’inhumanité d’une police totalitaire à celle d’une nature totale.

La nature est vaincue, c’est pourquoi nous en prenons conscience. Nous nous sommes libérés d’elle ; il nous reste à continuer non seulement au-delà de la nature mais du progrès. Il reste à notre force de choisir des bornes que nous imposait autrefois notre faiblesse. Hier, il nous fallait défendre la part de l’homme contre les puissances de la nature, aujourd’hui il nous reste à défendre la sienne : à respecter son jeu, au besoin son mystère. Alors l’homme n’aura pas seulement brisé ses chaîne, il aura choisi d’ordonner ; devenant vraiment roi de la terre : maître de l’univers comme de lui même.

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One Comment to “La Good Food March dans l’Indre et Loire”

  1. Reblogged this on Germanys next Kabinettsküche und kommentierte:
    “Vis à vis de la nature, nous avons tout au plus l’attitude de l’esclave révolté. Parce qu’elle ne nous écrase plus, nous ne voyons plus en elle qu’un instrument : du sol nous ne considérons que le rendement à l’hectare, du fleuve que les kilowatts. Sans nous douter que l’aspect économique est un aspect bien limité du rôle de la nature dans nos vies. Les liens qui nous rattachent à elle sont invisibles, parce qu’ils sont trop nombreux et trop profonds pour notre courte raison.”

    En ce sens, encore bon vélo d’ici …

    Gegenüber der Natur haben wir zumeist die Haltung rebellischer Sklaven. Weil der Aufstand gegen sie uns noch mehr zermalmt, sehen wir in ihr mehr als ein bloßes Instrument: der Boden wird bestellt, der Hektarertrag wie das Kilowatt des Flusses bestimmt. Zweifelsohne spielt der wirtschaftliche Aspekt für die Rolle der Natur in unserem Leben nur eine sehr begrenzte Rolle. Die von uns ausgeblendeten Aspekte sind unsichtbar, weil sie zu mannigfaltig und und für unsere kurze Begründung hier zu tiefgehend sind.

    In diesem Sinne, weiterhin bon vélo von hier aus …

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