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September 8, 2012

La Good Food March dans l’Indre et Loire

Vis à vis de la nature, nous avons tout au plus l’attitude de l’esclave révolté. Parce qu’elle ne nous écrase plus, nous ne voyons plus en elle qu’un instrument : du sol nous ne considérons que le rendement à l’hectare, du fleuve que les kilowatts. Sans nous douter que l’aspect économique est un aspect bien limité du rôle de la nature dans nos vies. Les liens qui nous rattachent à elle sont invisibles, parce qu’ils sont trop nombreux et trop profonds pour notre courte raison. La frénésie d’exploitation, le manque de sens du gratuit, pourraient se retourner contre nous-même et menacer jusqu’au rendement. Le souci de la productivité s’attache trop au présent, il n’envisage pas assez l’avenir ; alors vient un jour ou le rendement baisse. Il y a cinquante ans ans, rien n’aurait semblé plus rationnel que d’abattre les haies pour permettre au tracteur de tirer droit son trait à travers la campagne ; celui qui l’eut contesté eût alors passé pour réactionnaire. Depuis les progrès de l’agronomie et les redoutables leçons de l’expérience nous ont enseigné que ce jeu de haies, de terrasses et de bois est autant sagesse que retard. Si l’homme du XIXème l’avait pu, il aurait détruit tous les « nuisibles » parce qu’il n’était pas encore assez savant pour comprendre leur utilité profonde. La splendeur de la nature n’est pas vaine, elle exprime à nos sens des raisons que notre esprit n’arrive pas encore à saisir. Le bleu du ciel et la limpidité des eaux ne sont pas les simples agréments d’un décor.

Nous ne pouvons pas esquiver notre condition, notre chance n’est pas plus dans le progrès que dans le retour à la nature. Elle est seulement dans un équilibre précaire entre la nature et l’artifice, que devra toujours maintenir la veille de la conscience. Là ou la nature disparaît, la société humaine est obligée de fabriquer une sur-nature : la terre et les forêts, jusqu’à leur faune. Mais alors le trait de la loi doit être implacable, pour reproduire la nature dans le plus fin de ses détails. La science doit réinventer la campagne. Demain l’homme devra ré-empoissonner l’océan comme il empoissonne un étang ; déjà, pour certaines espèces menacées de disparition, les états se sont mis d’accord pour le surveiller comme un vivier. Parce que notre puissance s’élève à l’échelle de la terre, nous devons régir un monde, jusqu’au plus lointain de son étendue et au plus profond de sa complexité. Le réseau des lois recouvre ainsi progressivement jusqu’au moindre pouce de la surface du globe, en substituant dans cette récréation l’inhumanité d’une police totalitaire à celle d’une nature totale.

La nature est vaincue, c’est pourquoi nous en prenons conscience. Nous nous sommes libérés d’elle ; il nous reste à continuer non seulement au-delà de la nature mais du progrès. Il reste à notre force de choisir des bornes que nous imposait autrefois notre faiblesse. Hier, il nous fallait défendre la part de l’homme contre les puissances de la nature, aujourd’hui il nous reste à défendre la sienne : à respecter son jeu, au besoin son mystère. Alors l’homme n’aura pas seulement brisé ses chaîne, il aura choisi d’ordonner ; devenant vraiment roi de la terre : maître de l’univers comme de lui même.

September 8, 2012

La Good Food March dans l’Indre!

Très belle journée dans l’Indre entre Chitray et Tournon Saint Martin, 47 km sous le soleil pour nos valeureux cyclistes. Chaque coup de pédale comme signe de notre détermination d’aller à Bruxelles. Nous ne sommes pas là juste pour pointer du doigt les problèmes de la PAC, et nous gargariser de notre sens critique, ce qui serait peu constructif. Finalement après tant de débats, nous avons hâte de rencontrer nos députés européens pour discuter avec eux, leur parler des problèmes rencontrés et trouver des solutions avec eux. De même nous invitons tous ceux qui pensent que la PAC actuelle va dans le bon sens à venir nous rencontrer, peut être y a t il une dynamique sous-jacente qui nous échappe, peut être…

Début de journée chez Sylvain et Gladys, trentenaires, jeune couple d’agriculteurs installés depuis 2 ans. Ils ont eu la chance de pouvoir reprendre l’exploitation familiale des parents de sylvain. Élevage de bovins en agriculture biologique. Les vaches et leur veaux pâturent dans les champs alentours et la vie a l’air paisible pour eux, le foin n’a pas l’air de manquer. Sylvain et Gladys construisent leur maison en parallèle et nous parlent de leur projet avec la fierté de partager ce qui les animent tous les jours ! Le projet est porteur de sens, ils construisent leur foyer en éco-construction, avec une isolation à base de paille et d’enduit naturel. Rien à dire si ce n’est que ça donne sacrément envie de se retrousser les manches!

Un peu plus tard, nous arrivons dans la ferme de deux frères qui élèvent des vaches Salers en plein milieu du parc naturel de la Brenne. Le premier des frères s’est installé il y a 5 ans maintenant, en fermage pour le corps de ferme et les prairies. Le prix du foncier étant disproportionné par rapport à son modèle économique, il ne peux pas avoir accès à la propriété, en effet les hectares partent à un prix près de quatre fois supérieur à ce qu’il pourrait se permettre pour rester économiquement viable. Autour de lui de grands espaces sont achetés pour que de riches européens viennent quelques fois l’an faire une partie de chasse… Aucun problème avec la richesse, sauf quand elle entrave le développement et la pérennité de jeunes agriculteurs. Pour autant les frères ne se sont pas laissés décourager. Ils ont développé une activité d’élevage bovins Salers qu’ils vendent en caissette par leur réseau de vente directe. Ils ne passent pas en agriculture biologique -bien que leurs méthodes d’élevage en soient très proches- car l’abattoir bio est trois fois plus loin que le conventionnel. Quel dommage de voir la rareté des abattoirs ou de toute autre unité de transformation localement. Les entreprises de transformation suivent la même pente que l’agriculture depuis 50 ans, la concentration. Malgré tout leur prix est extrêmement raisonnable au vu de la qualité affichée de leur production, 10,5 € le kg qui dit mieux ? La découpe au détail se fait par un boucher, employé de la structure, les deux frères ayant monté un atelier de préparation conforme. Bel exemple de projet réussi.

Pour le goûter nous arrivons dans la ferme d’une famille qui produit un délicieux Pouligny Saint-Pierre, cette pyramide affinée de fromage de chèvre AOC. Cinq enfants reviennent de l’école au moment du départ des cyclistes et engloutissent les restes de brioche et de fromage du goûter. Dans la chèvrerie, les chèvres, toutes aussi gloutonnes, se délectent de foin et de céréales. Tout à l’air de fonctionner comme sur des roulettes et règne sur l’exploitation une ambiance familiale, le tout dans un écrin de verdure et de pierre, notre famille en or ayant rebâtit pierre après pierre, la ruine dans laquelle ils se sont installés il y a quelques années maintenant. Chapeau bas!

Y a pas à dire, il règne dans l’Indre cette ambiance dynamique et vivante dont Michel Berhocoigoin nous avait parlé concernant l’exemple des petites fermes basques. Les gens nous accueillent toujours les bras ouverts avec bienveillance. Véritable ballade du goût aussi, où nos papilles sont toujours surprises de nouvelles saveurs.

Pour reprendre une phrase de la confédération paysanne, 3 petites fermes valent mieux qu’une grande !

Pour qu’il y ait changement, il faut qu’il y ait un changement de mentalité qui viendrait de la prise de conscience des conséquences néfastes du modèle actuel. Ce n’est à personne en particulier à prendre la charge de ce changement, mais à nous tous, quelque soit notre implication. Du producteur au politique sans oublier les consommateurs. Car il ne faut pas oublier que chacun de nous participe d’une façon ou d’une autre à cette évolution. Chaque fois que nous achetons notre nourriture nous accréditons un système de production plutôt qu’un autre. Ainsi nous sommes tous concernés. Il faut que nos actes d’achat révèlent nos convictions. Que la consommation devienne consom’action. Le ticket de caisse comme autre bulletin de vote. Nous sommes nombreux à être désillusionnés quand à la possibilité de nos politiques à construire un monde plus juste, mais de même nous sommes loin d’utiliser tous les moyens qui sont à notre portée pour faire évoluer les choses. On peut s’en tenir à aller voter pour reprocher ensuite à nos hommes politiques de mal faire leur travail, mais on peut aussi cautionner des modèles que nous trouvons juste et ne pas donner notre argent à ceux qui ne le sont pas, tout comme quand nos hommes politiques perdent la raison, nous pouvons prendre notre vélo et aller à Bruxelles pour leur rappeler ce pour quoi ils ont été élus. Il est tentant de se replier sur soi en attendant que l’orage passe, mais le repli sur soi est somme toute capitulation et celle-ci permet toujours à d’autres de poursuivre leur appropriation du bien commun. Comme ce tableau de Francisco de Goya titré: « le sommeil de la raison produit des monstres », on pourrait dire « l’apathie citoyenne favorise l’injustice ! »

Tout le monde souhaite manger des produits sains, nutritifs et savoureux. Tout le monde souhaite des campagnes vivantes et un environnement préservé. Alors si nous le souhaitons vraiment, ayons l’intelligence nécessaire pour y parvenir. Rien n’est très compliqué quand les objectifs sont clairs et les hommes déterminés à y parvenir. Si une partie de la société souhaite une chose et l’autre son contraire, alors aucune des deux n’obtiendra gain de cause, ou alors au prix de la disparition ou l’affaiblissement de l’une ou l’autre des parties (dans ce cas précis les paysans). La théorie d’Adam Smith selon laquelle la recherche du bonheur personnel contribue au bonheur collectif touche ici sa limite. Au « chacun pour soi, ça ira pour tout le monde », préférons le « tous pour un et un pour tous ! ». Au delà du panache d’une telle formule, nous vivrons une véritable aventure humaine!

Avant d’aller nous coucher, nous avons pu nous perdre dans un vrai ciel étoilé. Pourquoi y-a-t-il beaucoup plus d’étoiles à Tournon Saint Martin que dans n’importe quelle grande ville de France ? Voir l’univers avec cette impression 3D, ça n’a pas de prix. C’est une invitation au voyage interstellaire ! Mais bon ce n’est que nostalgie d’une nature que nous ne connaissons que trop peu et finalement de moins en moins. C’est bien dommage…