Good Food March en Dordogne!

A l’origine, il n’y avait pas encore de nature. Nul n’en parlait parce que l’homme ne s’était pas encore distingué d’elle pour la considérer. Individus et sociétés étaient alors englobés dans le cosmos. Une puissante omniprésente, sacrée parce qu’invincible, cernait de toutes parts la faiblesse humaine. La civilisation n’était qu’une clairière précaire, maintenue au prix d’un effort écrasant dans la marée des forêts. Comment nos ancêtres auraient-ils parlé de nature ? Il la vivaient et ils étaient eux même nature : force brutale et instincts paniques. Dans l’ombre ou ils étaient encore plongés, les arbres et les rochers prenaient des formes surhumaines. Paysans et paiens, ils ne pouvaient aimer la nature, ils ne pouvaient que la combattre ou l’adorer.

Alors grandirent parallèlement la maîtrise et le sentiment de la nature. La science pénétra le mécanisme du cosmos et ainsi la technique permit de le transformer. Mais cette transformation, progressivement accélérée, se limite d’abord à certains lieux de certains pays. En occident, L’homme vécut dans le milieu artificiel des villes, mais à leur porte commençait la campagne et avec elle la nature. Ainsi jusqu’à la seconde guerre mondiale, les Français connurent une société de transition où coexistaient le passé et l’avenir : ce qui permettait de jouir des plaisirs de la nature grâce au progrès.

Car en même temps que la ville se développe le besoin d’en sortir. Le sentiment de la nature apparaît là ou le lien avec le cosmos est rompu : quand la terre se couvre de maisons et le ciel de fumées ; là ou l’industrie, ou bien l’état, imposent leurs raisons et leur désordre. Le sentiment de la nature n’est pas affaire de primitif ou de paysan, mais de bourgeois ; il suit la « révolution industrielle » en atteignant progressivement les pays et les classes que celle-ci englobe. Parce qu’il y a des machines, sur sa machine voiture, l’homme fuit la machine. Du coteau vers la montagne, et de la montagne vers le pic ; de la campagne vers le désert, et de la cote vers le large, la foule fuit la foule, le civilisé la civilisation. C’est ainsi que la nature disparaît, détruite par le sentiment même qui l’a fait découvrir, autant que par la montée de l’industrie.

Mais aujourd’hui la campagne s’urbanise, et l’Europe devient une seule banlieue. Ainsi s’ébauche un nouveau stade où, la nature n’étant plus, il faudra bien que son sentiment disparaisse.Une nébuleuse de ville rassemblant le gros de la population, il n’y aura plus de campagne, mais une zone consacrée aux industries du travail, où à celle du loisir. Il n’y aura plus de nature ; comme il était autrefois englobé dans le cosmos, l’homme le sera dans l’espace organisé par l’aménagement du territoire. Le même système définira les gestes du travailleur dans l’usine, et ses vacances dans la verdure. La même explication scientifique s’appliquera à l’esprit et à la matière, et les techniques ordonneront l’homme en même temps que son milieu. Ainsi réintégrera-t-il le tout dont il avait prétendu se distinguer.

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One Comment to “Good Food March en Dordogne!”

  1. Reblogged this on Germanys next Kabinettsküche und kommentierte:
    Il est bon qu’il ya aussi de la nourriture philosophique sur le Good Food March de Bruxelles. Alimentaire raisonnable, bon et sain couplé avec de bonnes pensées et en bonne santé. Merci pour cette …

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