Good Food March dans le Lot et Garonne!

Après avoir quitté Guy ce matin, nous avons pris la route pour Villeneuve sur Lot, dans le Lot et Garonne. Une fois sur place, Christian Crouzet le porte parole de la confédération paysanne nous a emmené de fermes en fermes pour découvrir des paysans et découvrir leur vie au quotidien, leur histoire et le projet.

1ère étape chez Michel Artisier né sur la ferme de ses parents, alors installés sur une quarantaine d’hectares, en polyculture céréales/vaches laitières. Ses parents passent l’exploitation en agriculture biologique dès le début du label en 1969. En 1984, Michel s’installe et décide d’augmenter le cheptel et les terres exploitées, il prend 45ha supplémentaires en fermage. Son objectif est d’augmenter son revenu. Malgré tout son modèle repose sur le fait que ses parents l’aident sur l’exploitation. En 88-89, quand ses parents s’orientent vers la retraite, Michel est confronté à un dilemme, soit réaliser un fort investissement pour mécaniser et automatiser l’exploitation pour qu’il puisse à lui seul s’occuper de la ferme, soit réorienter son exploitation. Bénéficiant de l’essor de l’agriculture biologique à ce moment là, et du fait que le Lot & Garonne avait de bonnes infrastructures de transformation agroalimentaire en bio, Michel arrête les vaches et se lance dans de grandes cultures biologiques, céréales et quelques légumes en pleine terre sur de grandes surfaces. Ses débouchés sont des grandes coopératives bios. En parallèle, Michel s’investit dans une action de promotion de l’agriculture par la chambre d’agriculture, il est amené à écrire l’histoire de sa ferme. Et là, grosse prise de conscience, il réalise que depuis plus de 40 ans, à cheval sur l’histoire de ses parents et la sienne, ils ont racheté 6 petites fermes qui n’avaient pas retrouvé de repreneur pour porter à une centaine d’hectares la superficie d’exploitation. Ces 6 petites fermes faisaient vivre à l’époque environ 30 personnes. Et là il se retrouve à être le seul employé, son CA a été grosso modo multiplié par 2, et ses coûts par 1,5 (intrants, machines…) Michel a eu l’effroyable impression d’avoir détruit un écosystème et surtout de l’emploi et les moyens pour d’autres d’assurer leur subsistance, d’occuper un peu injustement l’espace. En 2009 il décide de donner une toute nouvelle orientation à sa ferme. Son père, pour s’occuper pendant sa retraite, faisait un peu de maraîchage et vendait ses produits sur le marché local. Ni une ni deux, Michel se lance dans les circuits courts, cherche des débouchés à ses céréales, et produit après 3 ans d’efforts intenses de la farine transformée et tamisée sur l’exploitation, différentes huiles (colza, tournesol, lin) et des poulets (2500 par an) pour lequel il récupère et vend les œufs et qu’il transforme aussi en poulets rotis sur le marché. Michel vend l’ensemble sur un marché local et aussi via leur boutique à la ferme. En 3 ans, la part du CA de la vente directe de ces produits est passée à 60% de son CA total ! Et en plus il a crée 2 emplois temps plein supplémentaires. Michel a l’impression de s’être enrichi de surcroît, en effet le lien avec les consommateurs valorise son travail, et la satisfaction d’avoir pris une direction plus vertueuse lui fait prendre conscience de son mérite. Plein de vitalité, Michel commence à penser à la transmission, du haut de ses 50 ans ce n’est pas l’approche de la retraite qui guide son action, mais cette même envie de donner la possibilité à des jeunes de s’installer sur une partie de ses terres et de leur faire bénéficier de son réseau de vente et de ses compétences agricoles. La conclusion c’est que même sans la PAC (les aides PAC représentent à peine 10% des revenus de son exploitation) de tels projets existent et fonctionnent. Imaginez donc ce que serez une PAC qui favoriserait ce type de projet. Plus d’emploi, plus de lien, plus de diversité. Il va sans dire que Michel est intarissable sur les techniques « artisanales » de production, (il a racheté un vieux moulin à meule qu’il a retapé pour le réhabiliter), et sur les différentes aventures qui ont jalonné l’histoire de sa ferme. Parfait exemple d’agriculture paysanne !

Après cette belle rencontre, direction la ferme de Christian pour un pique-nique convivial, point de rencontre des participants à la caravane. Après avoir goûté des dizaines de variétés de tomates différentes (toutes plus goûteuses les unes que les autres), mangé du fois gras d’un producteur du cru avec les fameux pruneaux d’Agen (bios!) du département, entendu les personnes présentes parler occitan entre elles, en route pour une caravane, direction le centre ville de Villeneuve sur Lot ! Christian avait fier allure sur son tracteur. Sur place une cinquantaine de personnes nous attendaient pour le visionnage du film : « La PAC, la voix de ses pères » film retraçant les raisons initiales de la PAC européenne.

La PAC a été décidé aux prémisses de l’Europe dans le cadre de la communauté économique européenne pour répondre à 2 objectifs majeurs : nourrir les populations exsangues après guerre et constituer une collaboration européenne via l’économie pour ne plus jamais revivre le traumatisme des deux dernières guerres mondiales. D’autres courants sous-jacents déterminent les orientations de l’époque. L’état d’esprit moderniste d’après guerre rend l’agriculture ringarde et archaïque, Les jeunes agriculteurs dans les années 60 s’opposent au modèle un peu traditionnel de leurs parents, veulent gagner plus d’argent et sont attirés par le rêve du modernisme. L’Europe décide à ce moment là de fixer des prix rémunérateurs pour les agriculteurs et de mettre en place un système de compensation par rapport aux cours du marché mondial pour assurer un revenu stable et rémunérateur aux agriculteurs. Ces derniers n’ont plus qu’à augmenter leur production pour augmenter leurs revenus. Pour que les dépenses européennes ne soient pas complètement déconnectées de l’évolution du marché mondial, un vaste chantier productiviste est lancé pour améliorer la compétitivité de l’agriculture européenne. Sur ce sujet, Edgar Pisani, le ministre de l’agriculture de l’époque est catégorique : 2 millions d’exploitations agricoles ne peuvent pas être productives. Il y a trop d’exploitations agricoles ! (Stupeur et tremblements dans la salle à cette annonce!) Le début de l’hécatombe paysanne commence… Sauf que rapidement la PAC entre dans une phase de surproduction alarmante. Seule échappatoire plausible à court terme : la conquête du marché mondial. Les responsables politiques de l’époque l’avouent, ils avaient des millions de tonnes de produits alimentaires à écouler. Commence alors le dumping des économies européennes qui inondent le marché mondial, impactant comme chacun sait les économies vivrières des pays en voie de développement. D’où ce raccordement libéral pour rendre la PAC “OMC compatible”. Comme quoi les mythes des générations peuvent pousser des pans entiers de nos sociétés dans l’impasse. Il faut donc en finir avec ces deux mythes que sont « les campagnes sont ringardes » (nos aventures quotidiennes nous prouvent le contraire, quelle richesse!) et que « la modernisation c’est bien » (la preuve par quatre que non)

S’en est suivit un débat d’une grande qualité sur la PAC idéale. Sans surprise, les mêmes thèmes reviennent toujours : souveraineté alimentaire, retour à des campagnes vivantes avec des circuits cours colorés, lien entre les agriculteurs et les consommateurs, système qui favorise l’humain plutôt que la machine. Et puis le monde n’a pas besoin d’être si compliqué, revenons à la simplicité. Le libéralisme est une abstraction théorique qui appliqué produit des monstres, ca ne marche pas.

Une fois rentrés chez Christian Crouzé, multiplicateurs de semences fermières, les discussions nous ont amenés sur deux paradoxes essentiels du libéralisme appliqué à l’agriculture. Un cas concret rencontré par Christian au quotidien dans son activité de gardien de la biodiversité. Les lobbies des semenciers veulent empêcher l’utilisation commerciale des semences paysannes, à savoir ces semences qui constituent le patrimoine de tous les paysans, celles qui n’ont été inventées par personne et que certaines personnes se donnent pour mission de conserver, de développer par l’intermédiaire de conservatoires de semences. Ils veulent cloisonner leur utilisation à usage des particuliers. Que justifie une telle opprobre vis à vis de la biodiversité ? Certainement que ces semences ne sont pas économiquement rentables pour ces grands groupes (en comparaison de ces hybrides F1 qui forcent les agriculteurs à racheter leur semence tous les ans aux semenciers) et qu’elle leur mangerait des parts de marché. Une vraie chasse gardée. Pourtant ceux sont les mêmes qui appelle à plus de libéralisme ! À l’ouverture des marchés !

L’autre paradoxe criant du libéralisme agricole, ceux sont les subventions elle même. Comment peut rivaliser un pays en voie de développement devant les 50 milliards d’euros injectés chaque année dans la PAC en Europe ? De même comment un petit éleveur en France (qui ne touche quasiment pas d’aide, rappellons le) peut rivaliser avec un énorme céréalier (qui touche beaucoup d’aide) est-on réellement dans un système libéral ?

Nous avons récolté pleins d’autres histoires aujourd’hui qui nous encourage à aller voir nos députés européens et leur raconter ces réalités des campagnes, à prendre absolument en compte dans les orientations de la nouvelle PAC.

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One Comment to “Good Food March dans le Lot et Garonne!”

  1. Merveilleuses contributions des participants français dans les Good Food March. Heureux, optimiste, empathique et plein d’énergie positive …

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