Good Food March dans le Gers à Auch

Très belle journée de mobilisation hier lundi 3 septembre à Auch dans le Gers. Le Rendez-vous était donné à 12h30 place de la libération au pied de l’hôtel de ville et à deux pas de la Cathédrale Sainte marie. Rapidement des petites troupes de personnes ont débarqué pour s’agglutiner autour de la table du pique-nique. Les rillettes confectionnées lors d’un atelier Adear du Gers étaient délicieuses tout comme le jus de raisin bio du coin. Enfin du goût !

De nombreuses personnes nous ont rejoint pour discuter de la PAC et des nécessaires changements à y apporter. Ce qui est surprenant au premier abord c’est l’écoute naturelle des gens sur le sujet. Tout le monde souhaite une agriculture plus naturelle, plus équitable et plus paysanne. On sent malgré tout un abattement latent concernant la possibilité que nos responsables politiques nous écoutent et aient enfin le courage nécessaire pour changer de cap. Ça tombe bien, c’est justement pour cela que nous sommes là : pour nous faire entendre ! Mais le sujet passionne, on sent au fond de chacun un attachement authentique et simple à nos campagnes, aux produits savoureux qu’elles nous offrent généreusement, aux terroirs si inspirants et si régénérateurs pour les âmes trop fatiguées de tant d’urbanité.

Nous avons été très sensibles au soutien de Philippe Martin, député & président du conseil général du Gers et notamment de son message à l’adresse des responsables politiques européens alors qu’il acceptait de participer à la campagne photo de la Good Food March.« Ils ont raison » a-t-il écrit en référence aux revendications principales de la Good Food March !

Sur les coups de 14h, nous nous sommes rendus à la salle des cordeliers à Auch pour plusieurs interventions de qualité. Jean-Claude Chatillon, Porte Parole de la confédération paysanne du Gers nous a dressé un panorama peu reluisant de l’évolution du monde agricole en Midi Pyrénées, avec notamment une baisse catastrophique du nombre d’exploitations agricoles due à la modernisation du secteur depuis les trente glorieuses, une perte d’attrait pour la profession qui fait que moins de 20% des exploitants ont moins de 40 ans (ce qui amènera à une chute encore plus accrue du nombre d’exploitations agricoles dans le futur) et la répartition inéquitable des aides de la PAC. Le système actuel favorisant mécaniquement les céréaliers au détriment des éleveurs notamment. Cas mis en lumière par la crise actuelle sur le prix des matières premières. Crise pour les éleveurs qui sont doublement pénalisés par les cours élevés des céréales et le déficit d’aides de la PAC pour leur filière et inversement pour les céréaliers nettement favorisés par le système de subvention et qui profitent aujourd’hui de cours mondiaux élevés.

Michel Berhocoirigoin du syndicat basque ELB est venu nous remonter le moral en nous parlant du modèle de l’agriculture paysanne qui vient se poser en alternative sérieuse à ce système qui ne semble pas avoir d’avenir. Il préconise un « changement de décor ». Il est sur en effet qu’un système qui favorise la concentration des exploitations agricoles et incite à leur mécanisation extrême (au détriment de l’emploi d’ailleurs), un système concurrentiel où chacun s’affronte et où la taille est le facteur de survie le plus sur ne peut mener qu’à une agriculture repoussante, un espèce de monstre ou les seuls survivants seraient ceux ayant éliminés leurs confrères, et que ces mêmes « derniers des Mohicans » sont ceux aujourd’hui qui demandent qu’on les sauve ! (cf affaire doux). Michel Berhocoirigoin préconise une campagne vivante, parsemée de petites et moyennes fermes qui s’adapteraient à leurs propres territoires en tirant le meilleur des opportunités naturelles de chaque terroir. Redonner une dignité aux paysans, ré-enchanter les campagnes pour qu’elle redeviennent accueillantes. Seule façon pour lui de créer de la valeur ajoutée. Et encore que, comme il le dit, les mégas exploitations agricoles ne sont plus « productives » que si on prend en compte les subventions européennes ! Une fois celle-ci retirée du compte de résultat, la différence n’est plus si grande entre les grandes exploitations agricoles et les petites fermes, sachant que ces dernières résistent beaucoup mieux aux crises.

Dernière remarque importante, partout des paysans innovent pour façonner des contre projets, rejoints maintenant par les citoyens qui participent à la viabilité de ces nouvelles initiatives alternatives. Des exemples montrent que cela marche, même à l’échelle de départements (cf pays basque) Michel Berhocoirigoin appelle nos responsables politiques à tenter cette voie : oser soutenir les petites & moyennes fermes.

Pour finir cette journée, la confédération paysanne du Gers a remis un carnet de doléances à Mme Françoise Castex, député européenne pour l’inciter à porter nos revendications au parlement européen. La chance devait être avec nous, car Mme Castex a pris la parole pour nous encourager et inciter à la mobilisation de tous à la Good Food March ! Elle nous a confié qu’il fallait absolument parler et échanger avec les députés européens, les rassurer et orienter leur implication politique dans ce sens. Message reçu… immédiatement nous avons écrit des cartes postales à l’adresse de nos députés pour les inviter à nous rejoindre le 19/09 septembre prochain pour discuter de la nouvelle PAC !

Nous avons pris la route ensuite pour être accueillis par Guy de Galard. Avant de nous mettre au travail nous avons céder à la sympathie de Guy qui a entrepris de nous parler de son histoire, des raisons de son engagement, de sa vocation de paysan, et de son travail de tous les jours pour préserver une harmonie sur ses terres. Pas évident selon lui de protéger un peu de poésie dans le monde paysan. En effet, les haies & arbres sont naturellement abattus car elles sont un rempart à plus de rentabilité, les produits chimiques sont utilisés à outrance parce que les agriculteurs se déresponsabilisent face au marché. En effet ils ne connaissent pas leur clients qui ne sont pas locaux mais mondiaux, et à court terme cette utilisation augmente leur rentabilité sans qu’ils aient à s’adapter à leur milieu naturel. L’agro-écologie reste un art ! Il l’est aussi parce qu’il n’est pas mis en avant et favorisé par le système actuel… Il est bouleversant d’apprendre qu’une grande partie des agriculteurs ne mangeraient pas de leur propre production…

Guy nous a accueilli et nous avons vraiment pris conscience de ce que signifiait «  se sentir comme chez soi ». Entendre un homme parler de son attachement viscéral à ses terres, de son refus de céder à la facilité pour gagner plus d’argent, d’avoir en face de soi quelqu’un pour qui l’harmonie crée & préservée est plus importante que le profit immédiat, ça c’est encourageant. C’est peut être ça la vraie qualité de vie, la non compromission à l’appât du gain, ou sa subordination à des valeurs plus fondamentales, somme toute plus humaines. L’homme a besoin de poésie pour vivre. S’il la retire de sa vie, il se vide de sa propre substance.

Mais prenez garde, Guy ne porte pas ses valeurs comme un martyr, il vit très correctement des revenus qu’il touche de son exploitation céréalière en agriculture biologique. Pour lui, son travail de tous les jours c’est comme des vacances ! Ce qui me permet de reprendre cet adage : « ne cours pas après les vacances mais trouve toi plutôt un métier qui ne te donne pas envie d’en prendre ! ». Non pas que ce soit de tout repos, au contraire, mais il est passionné par ce qu’il fait. Guy respire l’harmonie. Pour parfaire son honnêteté, Guy avoue que le système actuel de répartition des aides de la PAC est trop favorable aux céréaliers (donc à lui même) et serait d’avis de répartir plus équitablement les aides.

Cette journée était donc très enrichissante et est de bonne augure pour les jours à venir. Il nous faut déjà quitter Auch et ses environs, à regret. Au réveil Guy nous a tendu le journal, La Good Food March fait la une de la dépêche du Gers ! Joie.

Nous nous sentons forts de ces rencontres et sommes très curieux de celles à venir. L’histoire de la nouvelle PAC est en train de s’écrire !

En route pour Bruxelles !

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2 Comments to “Good Food March dans le Gers à Auch”

  1. Mes compliments pour l’engagement des participants français des Good Food March.
    En route pour Bruxelles !

  2. Très bon moment de débat et de formation sur les enjeux de la Pac. Convivialité, formation, proposition… la conf’ comme on l’aime ! Bonne continuation sur les chemins d’Europe.

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